Description du projet

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Nous nous sommes rencontrés en 1986, je faisais partie d’un groupe New Wave Blue Matisse signé chez WEA à l’époque. Nous avons commencé à travailler ensemble, Jean-Louis a pris des rendez-vous dans des labels et a séduit Virgin à l’époque, nous avons ensuite enregistré Cheyenne Autumn dans le sud à Cordes-sur-Ciel, mixé ensuite à Paris, et avons travaillé ensemble 12 ans sur pas mal d’albums (Cheyenn Autumn donc, et puis Le Manteau de Pluie, Venus, Dolores, Mustango, les lives, les inédits…).

Pour moi, c’est un des meilleurs artistes en France au niveau de la qualité des textes et des directions musicales, on a expérimenté plein de trucs au niveau des couleurs de sons, des samples, on s’est retrouvé ensuite de temps en temps, notamment pour faire Charles et Léo en 2007 sur des ébauches musicales de Léo Ferré et des textes des Fleurs du mal de Baudelaire. C’était une demande de Matthieu Ferré, le fils de Léo. D’ailleurs, ce disque est toujours vendu avec la nouvelle édition des Fleurs du mal  en librairie.

Ensuite, on a partagé la scène en 2010 pour une tournée assez rock, très proche d’une ambiance Neil Young + Crazy Horse, c’était super.

On a eu la chance aussi d’avoir sur les albums de nombreux musiciens / artistes français, anglais ou américains tesl que Elysian Fields, Marc Ribot, Calexico, Neil Conti, Luis Jardim, entre les studios ICP à Bruxelles, ou des studios à Paris ou à New York. Très belles rencontres. Je me souviens qu’à New-York, Mac Ribot nous a dit « Venez à la Knitting Factory ce soir, je joue avec Daniel Johnston, il vient de sortir de l’hôpital psy, on sait pas ce qu’on va jouer mais ça va le faire ». Effectivement, c’était lunaire mais ça l’a fait. On a vu aussi Booker T avec Steve Crooper et Duck dans un club. Crooper qu’on a retrouvé un jour à Cannes en 2010, il jouait le lendemain de notre concert et on a mangé avec lui au catering, ils étaient arrivé la veille.

 

Cheyenn Autumn

 

Nous nous sommes retrouvés à faire cet album à Cordes-sur-Ciel, village médiéval où il y avait un studio financé par la région, avec une belle console Sony MCI. On est resté un mois avec un sampleur S1000, un Minimoog, un OB8 Oberheim, des boites à rythme Roland 808 / 707 / CR78 et HR16 Alesis, un DX7, un D50, une précision Fender, les guitares et amplis de Jean Louis. On a tout fait avec ça, j’adorais mélanger des sons naturels avec des sons de synthé, on commençait à détourner des samples avec le S1000 Akai en les utilisant à -12 demi tons en detune, ou en les tordant au maximum. Il y a eu ensuite à Paris Guy Delacroix qui est venu poser des basses sur quelques titres avec sa Musicman. Il nous avait emmené des marrons glacés, il adore ça. Bako est venu poser un harmonica, je venais d’être papa et c’est Yann qu’on entend à la fin de Déjà deux siècles (le bébé qui crie).

Le Manteau de pluie

On a fait une grande partie de l’album à Aix-en-Provence, au Studio de la Blaque, où j’étais descendu en camion avec un Rhodes, un orgue Hammond et d’autres trucs. Pas mal de prises claviers, basses, guitares avec Jean Louis,  pour ensuite aller enregistrer d’autres musiciens à ICP à Bruxelles avant de revenir à la Blaque. On a eu à nouveau Guy Delacroix qui est venu à ICP pour les basses, mais aussi Luis Jordim pour les percussions (qui jouait sur toutes les prods ZZT dont le fameux « Slave to the Rythm » de Grace Jones) et Neil Conti le batteur de Prefab Sprout qui a fait toutes les batterie sur une N&C .

Je me souviens qu’on avait repris un titre de Mickael Franks en français, Le Mendiant à Rio, où j’avais joué une guitare bossa nylon, et Luis avait posé une basse 6 cordes dessus (car à ICP, John, le patron, a une collection d’instruments impressionnante) et il jouait de la basse comme un dieu. Il bous a avoué ensuite que sur Slave to the Rythm de Grace Jones, il avait fait les perdus certes, mais c’est lui aussi qui avait joué la basse du titre qui groove monstrueux.

Venus

Pour cet album, le parti pris était de tout faire dans la grange, sans mettre trop d’effet au mix, et de laisser à l’état brutal de la prise, comme Neil Young. C’est pas mal car on essayait vraiment de garder le son pur, j’avais trouvé un son bien sec de basse avec la vieille précision Fender de 66 et l’ampeg, sans chichi, idem pour les claviers Rhodes / Hammond, bien naturels non traités, et Christophe a fait les batterie dans la grange avec 8 micros. Le son est resté brut de pomme, ça vieilli très bien finalement, cet album pourrait avoir été enregistré n’importe quand, intemporel.

 Dolores

Contre-pied de Venus, cet album a été fait pour être léché au niveau de la production et des traitements. On passait beaucoup de temps à jouer des idées, les resampler, les replacer ensuite différemment à partir des samples. On écoutait Tupac, Dr Dré et Snoop Dog à l’époque et on voulait la même patate, donc toujours le Minimoog, le Rhodes, l’Hammond, très peu de musiciens additionnels, Régis Ceccarelli pour quelques batteries, JF Jennyclark pour la contrebasse sur le titre Margot, un violoniste pour un solo, et on a fait le reste. Jean Louis les guitares, moi les claviers et les basses. J’ai même joué une batterie sur le titre Aimer car Jean Louis voulait que ça sonne très simpliste, et comme je ne suis pas batteur …. ça s’imposait. Je passais mon temps à explorer des trafics, on samplait des trucs, ensuite ils étaient repassés dans un H3000 et on resamplait. Brian Eno faisait beaucoup ça, j’ai même décortiqué des bouts d’orchestres égyptiens pour les mettre à l’envers et recréer une mélodie complètement différente pour Dieu n’a pas trouvé mieux. J’ai samplé la guitare de Jean Louis pour la rejouer de façon mécanique en samples sur Saint Amant. Bref, on était un peu des alchimistes sur ce disque, de la prod pure, au millimètre.  

Mustango

Comme on avait pratiquement joué presque tous les instruments sur Dolores, là ce fût l’inverse. Il y a eu 3 mois de préprod pour affiner les titres, réharmoniser un peu, trouver des riffs, les bons tempos et les bonnes tonalités. Ensuite, direction New York pour faire jouer le max de musicos dont Shon Pelton, Marc Ribot, Medesky, Jennifer d’Elysian Fields, et les Calexico à Tucson. Le studio à New York était à 400M des Tours Jumelles DownTown, on a appris en 2001 qu’il avait été soufflé par la puissance de la poussière et que tout le matériel (consoles, effets) avait été complètement abimé, ce n’était pas grand chose par rapport à la tragédie, mais ça faisait mal au coeur comme le reste, surtout que l’enregistrement s’était passé moins d’un an avant.

Après que tout ce beau monde ai posé sur les titres, il a fallu attaquer la post prod, trier les prises, relancer les prises de l’analogique 2 pouces sur protools, choix des prises, éditing, et retour sur la bande, car ils avaient beaucoup joué et il fallait faire des choix. Tout était bien, donc dur moment que de choisir.

Charles et Léo

C’était une demande de Matthieu Ferré qui avait retrouvé une cassette de Léo où il avait fait des ébauches de chansons avec des textes des Fleurs du mal. Il avait déjà fait un album comme ça en 59, puis un autre en 69. Il voulait en faire un troisième mais nous a quitté avant. Mathieu a contacté Jean Louis qui m’a appelé, et on a écouté la cassette, enregistrée à l’arrache, son piano, sa voix, quelques cris de singe, et Matthieu qui crie à 2 ou 3 reprises. Il devait être tout jeune, c’est dire l’âge de la cassette. C’était très émouvant, on a donc reconstitué l’ADN et prolongé ces maquettes pour en faire un album en essayant de retrouver une atmosphère dans les arrangements intemporelle avec des Rhodes et Hammond enregistrés dans la grange, une rythmique a joué sur quelques titres et Morgane de Cocoon est venue faire des interventions sur 3 titres. On a aussi enregistré en live ces mêmes titres pour une vidéo, moi au piano et Jean Louis et Morgane au chant.